{"id":1141,"date":"2011-07-07T11:01:10","date_gmt":"2011-07-07T15:01:10","guid":{"rendered":"http:\/\/agoratheque.yprovencal.ep.profweb.qc.ca\/?page_id=1141"},"modified":"2011-07-07T12:51:41","modified_gmt":"2011-07-07T16:51:41","slug":"%c2%a7-37-a-propos-de-la-methode-analogique","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/?page_id=1141","title":{"rendered":"\u00a7 37   \u00c0 propos de la m\u00e9thode analogique"},"content":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019une des plus c\u00e9l\u00e8bres applications de la m\u00e9thode analogique est celle que Platon a faite dans le c\u00e9l\u00e8bre mythe de la Caverne afin de faire comprendre ce qu\u2019\u00e9taient les Id\u00e9es et, en particulier, l\u2019Id\u00e9e du Bien. Platon a, en fait, d\u00e9velopp\u00e9 toute une all\u00e9gorie qui permet de comprendre la diff\u00e9rence entre la connaissance et les opinions des humains. Il montre que cette diff\u00e9rence se compare \u00e0 la diff\u00e9rence existant entre la claire perception, \u00e0 la lumi\u00e8re du jour, d\u2019objets r\u00e9els de la nature et la vague perception d\u2019ombres, sur la paroi d\u2019une caverne, que peuvent avoir des hommes, encha\u00een\u00e9s depuis leur naissance dans ce lieu obscur. Ces prisonniers confondent ces ombres avec la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, ce qui correspond aux humains qui confondent leurs opinions avec la connaissance v\u00e9ritable. L\u2019Id\u00e9e du Bien est symbolis\u00e9e par le Soleil, que m\u00eame l\u2019homme lib\u00e9r\u00e9 de la caverne ne peut regarder directement.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Cette m\u00e9thode analogique pr\u00e9sente la caract\u00e9ristique tr\u00e8s int\u00e9ressante d\u2019expliquer pourquoi elle-m\u00eame ne permet pas de conna\u00eetre v\u00e9ritablement la r\u00e9alit\u00e9 en soi. Elle \u00e9quivaut symboliquement \u00e0 une fa\u00e7on plus raffin\u00e9e d\u2019observer les ombres. Pr\u00e9cis\u00e9ment, tout en demeurant en de\u00e7\u00e0 de la connaissance v\u00e9ritable, cette m\u00e9thode permet de mieux comprendre les diff\u00e9rences profondes entre les niveaux de r\u00e9alit\u00e9 et, aussi, entre les niveaux de connaissance <a id=\"ref-1\" href=\"#note-1\"><sup>1<\/sup><\/a>.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 De m\u00eame, le mod\u00e8le parental permet de mieux comprendre certaines diff\u00e9rences, notamment la diff\u00e9rence entre le divin et l\u2019humain, et en particulier, la diff\u00e9rence entre le point de vue de Dieu et celui de l\u2019humanit\u00e9. Cette diff\u00e9rence de points de vue correspond \u00e0 la diff\u00e9rence entre le point de vue de la m\u00e8re (ou du p\u00e8re) et le point de vue de l\u2019enfant, lorsque celui-ci n\u2019est encore qu\u2019un nourrisson ou un \u00ab\u00a0trottineur\u00a0\u00bb, qui apprend \u00e0 marcher. Comme dans le mythe platonicien de la caverne, le mod\u00e8le parental se r\u00e9cuse lui-m\u00eame en tant que connaissance v\u00e9ritable. En effet, il correspond \u00e0 ce qu\u2019un enfant peut comprendre lorsqu\u2019il est encore au babil. Il appara\u00eet qu\u2019une des meilleures images de l\u2019humanit\u00e9 actuelle, afin de comprendre ce qu\u2019elle est et sa fa\u00e7on de se comprendre, est celle du tr\u00e8s jeune enfant, qui apprend \u00e0 marcher, qui parvient \u00e0 avancer par lui-m\u00eame, en titubant, de fa\u00e7on encore mal assur\u00e9e et qui n\u2019a pas encore appris le langage parl\u00e9 par ses parents <a id=\"ref-2\" href=\"#note-2\"><sup>2<\/sup><\/a>.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le mod\u00e8le parental de la divinit\u00e9 est donc, en m\u00eame temps, un mod\u00e8le qui repr\u00e9sente l\u2019humanit\u00e9 elle-m\u00eame comme un \u00eatre encore tr\u00e8s immature. Cela ne signifie d\u2019ailleurs pas que tous les individus humains sont tr\u00e8s immatures. En fait, les adultes sont vraiment \u00ab\u00a0adultes\u00a0\u00bb dans la mesure o\u00f9 sont retenus des crit\u00e8res physiologiques \u00a0\u2014 telle la capacit\u00e9 de reproduction de l\u2019esp\u00e8ce \u2014 ou socioculturels \u2014 telle la pure convention de la majorit\u00e9 \u00e0 un \u00e2ge pr\u00e9cis, 18 ou 21 ans, par exemple. On pourrait aussi choisir des crit\u00e8res tels que la capacit\u00e9 de subvenir \u00e0 ses besoins propres. Cependant, si on tente de trouver des crit\u00e8res fiables permettant d\u2019\u00e9tablir la maturit\u00e9 individuelle en ce qui concerne la capacit\u00e9 de comprendre le monde ou de juger moralement, l\u2019\u00e9tude des soci\u00e9t\u00e9s anciennes ou modernes semble bien montrer que l\u2019humain n\u2019a jamais eu ce type de capacit\u00e9 au plein sens du terme. Dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s du pass\u00e9, les individus ont cru avoir de telles capacit\u00e9s et ils se sont r\u00e9guli\u00e8rement tromp\u00e9s. Il appara\u00eet possible de dire que ce type d\u2019erreur r\u00e9sulte lui-m\u00eame de l\u2019immaturit\u00e9 de la capacit\u00e9 de juger. L\u2019humain moderne croit \u00e9galement avoir ce type de capacit\u00e9. L\u2019existence de cette croyance en lui ne d\u00e9montre pas davantage qu\u2019il a raison. Au contraire, elle sugg\u00e8re que l\u2019humain moderne partage avec l\u2019humain pass\u00e9 le m\u00eame type d\u2019immaturit\u00e9 consistant \u00e0 croire \u00e0 la maturit\u00e9 de sa capacit\u00e9 de comprendre ou de juger, maturit\u00e9 qui serait acquise du simple fait de le croire ou de le vouloir.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019analogie est certes incapable d\u2019identifier de fa\u00e7on s\u00fbre les attributs propres au divin. Elle est simplement une m\u00e9thode \u2014 la seule qui soit actuellement \u00e0 notre disposition peut-\u00eatre\u00a0? \u2014 qui peut nous permettre d\u2019avancer quelque peu, ne serait-ce qu\u2019en nous permettant d\u2019entrevoir d\u2019autres possibilit\u00e9s de repr\u00e9sentation. Ce n\u2019est pas parce qu\u2019en tant qu\u2019humanit\u00e9, nous sommes encore incapables de savoir qui est Dieu, et m\u00eame de savoir s\u2019il existe, qu\u2019il nous faille renoncer \u00e0 en faire un objet d\u2019\u00e9tude. Au contraire, comme dans le cas du jeune enfant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses parents, nous ne savons (d\u2019un vrai savoir) encore rien sur Dieu, mais il n\u2019est pas faux de dire que nous en savons bien plus qu\u2019auparavant, ou pouvons en savoir bien plus qu\u2019auparavant, sur certaines questions, comme celle de la possibilit\u00e9 de Dieu ou celle de l\u2019immaturit\u00e9 de notre savoir et de notre jugement. De plus, nous pouvons soup\u00e7onner que nous en saurons l\u00e0-dessus encore bien davantage plus tard, dans l\u2019avenir. Car <em>notre processus d\u2019apprentissage, en tant qu\u2019humanit\u00e9<\/em>, est encore loin d\u2019\u00eatre achev\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 <strong><em>Freud et la sublimation de la figure du p\u00e8re<\/em><\/strong>\u00a0<\/p>\n<p>Concevoir Dieu \u00e0 l\u2019image du p\u00e8re correspond-t-il \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019un d\u00e9sir refoul\u00e9 <a id=\"ref-3\" href=\"#note-3\"><sup>3<\/sup><\/a>? On peut r\u00e9pondre que ce n\u2019est pas particuli\u00e8rement du p\u00e8re comme tel qu\u2019il s\u2019agit ici, mais d\u2019un parent qui se trouve proche de l\u2019enfant. Ce peut donc tout aussi bien \u00eatre la m\u00e8re. Par ailleurs, selon Freud, l\u2019homme en arrive \u00e0 concevoir un Dieu tout-puissant parce qu\u2019\u00e9tant enfant, il imaginait que son p\u00e8re est pourvu de la toute-puissance et qu\u2019\u00e9tant ensuite d\u00e9tromp\u00e9 par les faits, il a projet\u00e9 cette id\u00e9e dans l\u2019au-del\u00e0 <a id=\"ref-4\" href=\"#note-4\"><sup>4<\/sup><\/a>. Or, le mod\u00e8le parental n\u2019a pas pour effet d\u2019attribuer \u00e0 Dieu la toute-puissance. Au contraire, l\u2019image du parent, p\u00e8re ou m\u00e8re, est celle d\u2019un \u00eatre qui se voudrait id\u00e9al dans son r\u00f4le, mais qui, selon son propre point de vue, n\u2019y arrive pas. Si l\u2019enfant voit son p\u00e8re ou sa m\u00e8re \u00ab\u00a0parfait\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0quasi parfait\u00a0\u00bb, ceux-ci sont loin de se voir de la sorte. Le bon p\u00e8re ou la bonne m\u00e8re, en effet, sans aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019auto-culpabilisation, voudraient pouvoir en faire davantage qu\u2019ils ne le font pour leur enfant. Ainsi, le mod\u00e8le parental a pour effet d\u2019invalider l\u2019id\u00e9e de perfection et, avec elle, les id\u00e9es d\u2019omnipotence et d\u2019omniscience. Par ailleurs, si la th\u00e9orie freudienne est de nature \u00e0 expliquer comment les humains en sont venus \u00e0 imaginer un Dieu parfait, elle ne dit rien sur l\u2019existence de Dieu. En revanche, elle semble confirmer la valeur de l\u2019approche analogique.<\/p>\n<div>\u00a0<\/div>\n<div><a title=\"\u00a7 38 Le point de vue de Dieu\" href=\"http:\/\/mail.agoratheque.3zcom.com\/?page_id=1146\">Suite<\/a><\/div>\n<p><a id=\"note-1\" href=\"#ref-1\">1<\/a>\u00a0Platon, <em>La R\u00e9publique<\/em>, Livre VII, traduction de R. Baccou, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, p. 273-277. <a id=\"note-1\" href=\"#ref-1\">1<\/a><\/p>\n<div id=\"ftn2\">\n<p><a id=\"note-2\" href=\"#ref-2\">2<\/a> J\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 une telle analogie dans mon article \u201cThe Mind of Society\u00a0: Investigating and Using the \u201cLanguage of the Gods\u201d \u201d, <em>World Futures<\/em>, 1998, Vol. 52, p. 281-312. <a id=\"note-2\" href=\"#ref-2\">2<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ftn3\">\n<p><a id=\"note-3\" href=\"#ref-3\">3<\/a> Voir Sigmund Freud, <em>Totem et tabou<\/em>, traduction de M. Jank\u00e9l\u00e9vitch, Paris, Payot, 2001, p. 206-211. Freud ne se prononce pas sur la place des divinit\u00e9s maternelles. <a id=\"note-3\" href=\"#ref-3\">3<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ftn4\">\n<p><a id=\"note-4\" href=\"#ref-4\">4<\/a>\u00a0Sigmund Freud, <em>L\u2019Avenir d\u2019une illusion<\/em>, traduction de M. Bonaparte, Paris, Presses Universitaires de France, 1971, p. 33. <a id=\"note-4\" href=\"#ref-4\">4<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"edit-link\"><a class=\"post-edit-link\" href=\"\">modifier<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019une des plus c\u00e9l\u00e8bres applications de la m\u00e9thode analogique est celle que Platon a faite dans le c\u00e9l\u00e8bre mythe de la Caverne afin de faire comprendre ce qu\u2019\u00e9taient les Id\u00e9es et, en particulier, l\u2019Id\u00e9e du Bien. 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