{"id":1227,"date":"2011-07-08T16:15:41","date_gmt":"2011-07-08T20:15:41","guid":{"rendered":"http:\/\/agoratheque.yprovencal.ep.profweb.qc.ca\/?page_id=1227"},"modified":"2011-07-08T17:39:42","modified_gmt":"2011-07-08T21:39:42","slug":"%c2%a7-49-une-theodicee","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/?page_id=1227","title":{"rendered":"\u00a7  49   Une th\u00e9odic\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0D&rsquo;apr\u00e8s la d\u00e9finition de\u00a0Leibniz, la th\u00e9odic\u00e9e consistait \u00e0 d\u00e9fendre Dieu et sa justice contre l\u2019objection de l\u2019existence du mal dans sa cr\u00e9ation. Il entendait d\u00e9montrer de fa\u00e7on rationnelle la sagesse et la bont\u00e9 divines m\u00eame en conservant les attributs traditionnels de l\u2019omnipotence et de l\u2019omniscience. Leibniz tenait en outre \u00e0 continuer d\u2019affirmer la \u00ab\u00a0perfection\u00a0\u00bb de Dieu et, par voie de cons\u00e9quence, la \u00ab\u00a0perfection\u00a0\u00bb de sa cr\u00e9ation, ce qui pour lui voulait dire que cette cr\u00e9ation \u00e9tait celle du \u00ab\u00a0meilleur des mondes possibles <a id=\"ref-1\" href=\"#note-1\"><sup>1<\/sup><\/a>\u00bb. <span style=\"font-size: small;\">Cependant Leibniz a envisag\u00e9 de fa\u00e7on quasi esth\u00e9tique l\u2019\u00e9tablissement du bilan du bien et du mal, comme en termes d&rsquo;\u00e9quilibre <a id=\"ref-2\" href=\"#note-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00bb. Nous privil\u00e9gions plut\u00f4t une approche de type \u00e9thique, qui implique le respect de l\u2019humain.\u00a0<\/span>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce qui suit sugg\u00e8re que l\u2019id\u00e9e de Dieu peut r\u00e9sister \u00e0 l\u2019objection du mal. Contrairement \u00e0 l\u2019approche leibnizienne, qui visait la totalisation syst\u00e9matique, il n\u2019y aura ici aucune pr\u00e9tention de ce type. Cependant, comme chez Leibniz, les moyens utilis\u00e9s seront conformes \u00e0 la logique de non-contradiction et les propositions \u00e9nonc\u00e9es viseront l\u2019univocit\u00e9. Une autre diff\u00e9rence est qu\u2019il ne s\u2019agira pas de montrer que Dieu n\u2019est pas responsable du mal. Il est en effet tr\u00e8s difficile, voire impossible, de croire qu\u2019un Dieu qui aurait cr\u00e9\u00e9 le monde ne s\u2019estime pas du tout responsable de ce qui s\u2019y passe, surtout s\u2019il est bon. Nous conviendrons, en outre, ici qu\u2019il ne s\u2019agit aucunement de d\u00e9fendre l\u2019int\u00e9grit\u00e9 d\u2019une foi en une d\u00e9it\u00e9 de groupe et que nous pouvons donc laisser de c\u00f4t\u00e9 la langue de bois dont on a fait g\u00e9n\u00e9ralement usage dans les diff\u00e9rents groupes religieux.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0Nous pouvons alors nous poser la question suivante. Supposons que Dieu, en cr\u00e9ant le monde, avait en vue un bien sup\u00e9rieur ou que, globalement, il visait un r\u00e9sultat tel qu\u2019au total, le bien compenserait et surcompenserait le mal. Est-ce que ce Dieu avait pour autant le droit d\u2019infliger la souffrance et la mort aux humains, y compris \u00e0 ceux qui n\u2019en auront profit\u00e9 en rien\u00a0? Par exemple, quel aura \u00e9t\u00e9 le b\u00e9n\u00e9fice des individus qui seront disparus apr\u00e8s une vie qui aura \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue de la fa\u00e7on la plus vide ou dans l\u2019\u00e9tat le plus abject\u00a0? Quel aura \u00e9t\u00e9 le b\u00e9n\u00e9fice pour les enfants qui seront morts avant m\u00eame de commencer d\u2019entreprendre quoi que ce soit\u00a0? Et m\u00eame en ce qui concerne les plus chanceux, qui seront parvenus \u00e0 se trouver heureux au total dans leur existence, Dieu avait-il le droit de les utiliser comme il l\u2019a fait\u00a0?\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En outre, pourquoi y a-t-il, dans cet univers, tant de ce type de violence qu\u2019on appelle comp\u00e9tition et qui pourrait \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 selon le cas comme s\u00e9lection naturelle, pr\u00e9dation, lutte pour la survie,\u00a0rivalit\u00e9, envie et vengeance\u00a0? Est-ce en raison de ce qu\u2019il faudrait bien appeler son \u00ab\u00a0utilit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Comment justifier la souffrance de tout ce qui vit\u00a0? N\u2019y a-t-il pas trop de mal en ce monde <a id=\"ref-3\" href=\"#note-3\"><sup>3<\/sup><\/a>\u00a0?\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Richard Swinburne remarque \u00e0 ce propos qu\u2019on jugerait mal le m\u00e9decin qui, tout en visant au total le bien, d\u00e9ciderait de sacrifier un innocent ou d\u2019agir sans le consentement de ceux qu\u2019il utilise <a id=\"ref-4\" href=\"#note-4\"><sup>4<\/sup><\/a>. M\u00eame le m\u00e9decin techniquement le plus comp\u00e9tent n\u2019a aucun droit d\u2019imposer un traitement efficace sans le consentement du patient. Il ne peut d\u00e9cider de sauver la vie du patient sans son accord sur le choix du traitement, sauf dans les cas o\u00f9 le patient n\u2019est pas en mesure de juger par lui-m\u00eame. Le m\u00e9decin doit tout de m\u00eame demander l\u2019accord de quelqu\u2019un qui serait proche du patient, son conjoint ou un parent. On sait que, de nos jours, on est devenu tr\u00e8s critique envers ce qu\u2019on appelle l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique. On estime que, dans certains cas, il n\u2019est pas conforme \u00e0 la dignit\u00e9 du patient d\u2019\u00eatre soumis \u00e0 certains traitements qui n\u2019ont pour but que de le maintenir en vie. Compte tenu de ce qu\u2019on pourrait appeler l\u2019indignit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019histoire humaine, Dieu ne devrait-il pas cesser de faire subsister cette humanit\u00e9\u00a0?\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Swinburne apporte certains \u00e9l\u00e9ments de solution. Il sugg\u00e8re que Dieu aurait peut-\u00eatre le droit de faire subir des souffrances \u00e0 ses cr\u00e9atures s\u2019il \u00e9tait pr\u00eat, lui-m\u00eame, \u00e0 \u00ab\u00a0partager avec eux le fardeau de souffrance et d\u2019effort <a id=\"ref-5\" href=\"#note-5\"><sup>5<\/sup><\/a>\u00bb. Cependant, en quel sens faudrait-il comprendre l\u2019expression \u00ab\u00a0partager avec eux\u00a0\u00bb\u00a0? Partagerait-il la souffrance de l\u2019humain comme de loin et de fa\u00e7on abstraite ou symbolique, la\u00a0partagerait-il en \u00e9prouvant une certaine commis\u00e9ration comme le ferait le bon ma\u00eetre envers ses esclaves ou ses animaux qui sont, de toute fa\u00e7on, d\u2019un rang tellement inf\u00e9rieur au sien\u00a0? Ou encore la partagerait-il vraiment, pour ainsi dire, dans son \u00eatre le plus profond, un peu comme le sugg\u00e8re si bien l\u2019image du Dieu crucifi\u00e9\u00a0? Mais, dans ce cas, quel serait donc le sens de toute l\u2019affaire\u00a0? \u00ab\u00a0Pourquoi <em>tant<\/em> de souffrance, en <em>exc\u00e8s<\/em> au regard de la capacit\u00e9 ordinaire d\u2019endurance des simples mortels <a id=\"ref-6\" href=\"#note-6\"><sup>6<\/sup><\/a> ?\u00a0\u00bb Nous faudrait-il donc croire que la souffrance est le sens ultime de l\u2019existence\u00a0? Sinon, aurait-elle une \u00ab\u00a0fonction\u00a0\u00bb\u00a0?\u00a0<\/p>\n<p><a title=\"\u00a7 50 Une fonction sociale et \u00e9volutive de la souffrance ?\" href=\"http:\/\/mail.agoratheque.3zcom.com\/?page_id=1232\">Suite<\/a><\/p>\n<p><a id=\"note-1\" href=\"#ref-1\">1<\/a>\u00a0Gottfried Wilhelm Leibniz, <em>Essais de th\u00e9odic\u00e9e<\/em>, I, \u00a7 5-9, Paris, Flammarion, 1969, p. 107-109. <a id=\"note-1\" href=\"#ref-1\">1<\/a><\/p>\n<div>\n<div id=\"ftn2\">\n<p><a id=\"note-2\" href=\"#ref-2\">2<\/a>\u00a0Voir Paul Ricoeur, <em>Le mal. Un d\u00e9fi \u00e0 la philosophie et \u00e0 la th\u00e9ologie<\/em>, Gen\u00e8ve, Labor et Fides, Centre protestant d\u2019\u00c9tudes, 2004, p. 41. <a id=\"note-2\" href=\"#ref-2\">2<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ftn3\">\n<p><a id=\"note-3\" href=\"#ref-3\">3<\/a>\u00a0Richard Swinburne \u00e9crit\u00a0qu\u2019il voit dans ce surplus manifeste de mal dans le monde \u00ab\u00a0 le point crucial du probl\u00e8me du mal\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<em>the crux of the problem of evil<\/em>\u00a0\u00bb). <em>Cf<\/em>. Richard Swinburne, <em>The Existence of God<\/em>, Oxford, Clarendon Press, 1979, p. 219. <a id=\"note-3\" href=\"#ref-3\">3<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ftn4\">\n<p><a id=\"note-4\" href=\"#ref-4\">4<\/a> Richard Swinburne, <em>op. cit.<\/em>, p. 216. <a id=\"note-4\" href=\"#ref-4\">4<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ftn5\">\n<p><a id=\"note-5\" href=\"#ref-5\">5<\/a>\u00a0\u201c <em>if he were prepared to share with them the burden of the suffering and effort<\/em> \u201d (<em>ibid<\/em>., p. 222). <a id=\"note-5\" href=\"#ref-5\">5<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ftn6\">\n<p><a id=\"note-6\" href=\"#ref-6\">6<\/a>\u00a0Paul Ricoeur, <em>Le mal. Un d\u00e9fi \u00e0 la philosophie et \u00e0 la th\u00e9ologie<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 31. <a id=\"note-6\" href=\"#ref-6\">6<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"edit-link\"><a class=\"post-edit-link\" href=\"\">modifier<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0D&rsquo;apr\u00e8s la d\u00e9finition de\u00a0Leibniz, la th\u00e9odic\u00e9e consistait \u00e0 d\u00e9fendre Dieu et sa justice contre l\u2019objection de l\u2019existence du mal dans sa cr\u00e9ation. 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