{"id":2147,"date":"2011-08-12T13:56:00","date_gmt":"2011-08-12T17:56:00","guid":{"rendered":"http:\/\/agoratheque.yprovencal.ep.profweb.qc.ca\/?page_id=2147"},"modified":"2011-09-24T13:54:43","modified_gmt":"2011-09-24T17:54:43","slug":"6-2-2-le-probleme-de-la-representation-materielle-de-l%e2%80%99esprit","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/?page_id=2147","title":{"rendered":"6.2.2 Le probl\u00e8me de la repr\u00e9sentation mat\u00e9rielle de l\u2019esprit"},"content":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Voici d\u2019abord un exemple du type d\u2019\u00e9claircissement dont est capable la psychologie actuelle d\u2019apr\u00e8s la th\u00e9orie computationnelle de l\u2019esprit, laquelle d\u00e9crit l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale par analogie avec celle d\u2019un ordinateur.\u00a0<\/p>\n<p><strong><em>La repr\u00e9sentation mat\u00e9rielle des \u00e9tats mentaux d\u2019apr\u00e8s la th\u00e9orie computationnelle de l\u2019esprit\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Selon la th\u00e9orie computationnelle de l\u2019esprit, les croyances et les d\u00e9sirs sont des informations dont l\u2019expression est \u00e0 la fois mat\u00e9rielle et symbolique, et se situe au niveau d\u2019objets tels que le silicium dans l\u2019ordinateur ou les neurones du cerveau. Steven Pinker nous donne une id\u00e9e de la fa\u00e7on dont on comprend l\u2019activit\u00e9 de la pens\u00e9e d\u2019apr\u00e8s ce type d\u2019approche\u00a0: \u00ab\u00a0Si les fragments de mati\u00e8re qui constituent un symbole sont agenc\u00e9s exactement comme il convient pour rencontrer ceux qui en constituent un autre, les symboles correspondant \u00e0 une croyance peuvent en faire appara\u00eetre de nouveaux correspondant \u00e0 une autre croyance qui lui est li\u00e9e logiquement [\u2026], etc.\u00a0\u00bb. La psychologie est ainsi \u00ab\u00a0l\u2019analyse des logiciels mentaux\u00a0\u00bb. Le cerveau peut utiliser des milliers de milliards de connexions. Un ordinateur en utilise bien moins<a id=\"ref-1\" href=\"#note-1\"><sup>1<\/sup><\/a>.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette br\u00e8ve description est \u00e9clairante sur un point. On peut constater que Pinker d\u00e9peint la base mat\u00e9rielle de la pens\u00e9e comme un ensemble de potentialit\u00e9s (\u00ab\u2026\u00a0les symboles correspondant \u00e0 une croyance, \u00e9crit-il, <em>peuvent en faire appara\u00eetre <\/em>de nouveaux\u2026\u00a0\u00bb). Ces potentialit\u00e9s peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme une approximation de ce qui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 ici les \u00ab\u00a0possibilit\u00e9s r\u00e9elles\u00a0\u00bb. Comme nous l\u2019avons vu, celles-ci sont d\u00e9crites par un graphe arborescent dont les trajets sont pond\u00e9r\u00e9s par des probabilit\u00e9s, conform\u00e9ment \u00e0 la loi de base (l\u2019\u00e9quation du mouvement de la m\u00e9canique quantique). Cet expert en sciences cognitives se trouve ainsi \u00e0 omettre certains points.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Tout d\u2019abord, il d\u00e9crit certains \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels comme des symboles, ce qui est appropri\u00e9 au type d\u2019approche (la th\u00e9orie computationnelle), mais non au d\u00e9terminisme en droit. Les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9els de mati\u00e8re doivent \u00eatre d\u00e9crits comme des ondes ou des particules, en fait une sorte de m\u00e9lange des deux qu\u2019on peut appeler des quantons. Les \u00ab\u00a0symboles\u00a0\u00bb dont parle Pinker sont en fait, au mieux, des fa\u00e7ons de d\u00e9crire partiellement les conditions initiales du syst\u00e8me concern\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ensuite, Pinker parle d\u2019un encha\u00eenement logique au niveau de la base mat\u00e9rielle. Ce n\u2019est pas plus conforme \u00e0 la fa\u00e7on dont les lois de base d\u00e9crivent la nature, except\u00e9 de fa\u00e7on approximative. Comme \u00e0 la base il n\u2019y a pas de symboles, il n\u2019y a pas non plus d\u2019encha\u00eenement logique au sens o\u00f9 l\u2019entend Pinker. En revanche, il y a une structure math\u00e9matique coh\u00e9rente \u2014 le graphe arborescent global \u2014 qui d\u00e9crit toutes les probabilit\u00e9s r\u00e9elles \u00e0 chaque instant. Enfin et surtout, cet auteur ne mentionne pas que l\u2019<em>activit\u00e9 effective<\/em> de la pens\u00e9e devrait, toujours \u00e0 la base \u00eatre d\u00e9crite par un trajet effectif dans le graphe et non en termes de potentialit\u00e9s. Une telle omission \u2014 nous le verrons plus loin \u2014 est la principale raison pour laquelle les cognitivistes se heurtent encore \u00e0 des \u00e9nigmes et des paradoxes lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019expliquer la conscience sur une base mat\u00e9rielle. Les omissions de Steven Pinker sont normales. Comme d\u2019ailleurs tous ses coll\u00e8gues chercheurs, il sait qu\u2019un probl\u00e8me de fond se pose encore \u00e0 ce sujet. Il s\u2019agit du probl\u00e8me du contenu mental, qui est d\u00e9sign\u00e9 aussi sous le nom de probl\u00e8me de l\u2019intentionnalit\u00e9. Dans les termes de Daniel Dennett, ce probl\u00e8me peut s\u2019\u00e9noncer ainsi<a id=\"ref-2\" href=\"#note-2\"><sup>2<\/sup><\/a>\u00a0:\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comment un \u00e9tat particulier ou \u00e9v\u00e9nement dans le cerveau peut-il repr\u00e9senter un trait du monde plut\u00f4t qu\u2019un autre\u00a0?\u00a0Et quel que soit ce qui fait qu\u2019un trait du cerveau repr\u00e9sente ce qu\u2019il repr\u00e9sente ce qu\u2019il repr\u00e9sente, <em>comment vient-il<\/em> \u00e0 repr\u00e9senter ce qu\u2019il repr\u00e9sente\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Selon Dennett, certains \u00e9l\u00e9ments du syst\u00e8me de repr\u00e9sentation sont donn\u00e9s de fa\u00e7on inn\u00e9e et d\u2019autres sont tels que nous devons les d\u00e9velopper nous-m\u00eames<a id=\"ref-3\" href=\"#note-3\"><sup>3<\/sup><\/a>. Cette fa\u00e7on de s\u2019exprimer est normale, mais elle peut donner lieu \u00e0 des m\u00e9prises. Nous pouvons le constater en examinant la r\u00e9futation rapide que Dennett a cru devoir effectuer d\u2019une th\u00e8se un peu surprenante de Jerry Fodor selon laquelle tous les concepts que <em>nous pouvons avoir<\/em> sont donn\u00e9s de fa\u00e7on inn\u00e9e<a id=\"ref-4\" href=\"#note-4\"><sup>4<\/sup><\/a>. Malgr\u00e9 ce qu\u2019on pourrait croire \u00e0 premi\u00e8re vue, cette th\u00e8se de Fodor n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019existence du potentiel r\u00e9el de l\u2019individu.\u00a0<\/p>\n<p><strong><em>La diff\u00e9rence entre les potentiels intrins\u00e8que, r\u00e9el et effectif<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Fodor croit que les concepts qu\u2019un individu peut penser sont tous inn\u00e9s, mais qu\u2019ils doivent \u00eatre rendus accessibles par des exp\u00e9riences particuli\u00e8res d\u2019apprentissage. Ainsi, toujours selon lui, Aristote avait le concept d\u2019un avion quelque part dans son cerveau. Pour sa part, Dennett trouve une telle th\u00e8se ridicule. Comme il sait qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e en ridicule par d\u2019autres, il reprend la d\u00e9fense que Fodor a cru bon d\u2019en faire et la retourne contre lui. Dennett explique ainsi sa position. \u00ab\u00a0\u00c0 ceux qui \u00e9clatent de rire en entendant formuler cette id\u00e9e, \u00e9crit-il, Fodor r\u00e9pond que les immunologues se gaussaient de l\u2019id\u00e9e que les gens \u2014 Aristote, par exemple \u2014 sont n\u00e9s avec des millions d\u2019anticorps diff\u00e9rents, y compris des anticorps sp\u00e9cifiques \u00e0 des compos\u00e9s qui ne sont apparus dans la nature qu\u2019au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, mais ils ne se gaussent plus aujourd\u2019hui\u00a0: ce fait est \u00e9tabli\u00a0\u00bb. Dennett poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0Le probl\u00e8me, avec cette th\u00e9orie, quand on l\u2019applique \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019immunologie et \u00e0 la psychologie, est que ses versions radicales sont de toute \u00e9vidence fausses et que ses versions plus mod\u00e9r\u00e9es sont indistinguables de la th\u00e8se oppos\u00e9e. Il y a <em>bien<\/em> une r\u00e9action combinatoire dans le syst\u00e8me immunitaire \u2014 <em>toute<\/em> r\u00e9ponse inn\u00e9e n\u2019est pas une correspondance biunivoque entre des types simples d\u2019anticorps pr\u00e9existant\u00a0; de mani\u00e8re analogue, il se peut qu\u2019Aristote ait eu un concept inn\u00e9 d\u2019<em>avion<\/em>, mais avait-il aussi un concept inn\u00e9 de <em>gros jumbo-jet\u00a0<\/em>? [\u2026] Quand on distingue ces questions, dans les deux cas, il se trouve qu\u2019il y a quelque chose comme un apprentissage\u00a0[\u2026]<a id=\"ref-5\" href=\"#note-5\"><sup>5<\/sup><\/a> \u00bb.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Malgr\u00e9 cette mise au point de Dennett, il persiste une confusion importante. Celui-ci parle d\u2019apprentissage sans pr\u00e9ciser ce qu\u2019il entend par ce mot. S\u2019il s\u2019agit d\u2019un apprentissage individuel au sens courant, un probl\u00e8me \u00e9vident se pr\u00e9sente. Aristote ne pouvait pas, \u00e0 son \u00e9poque, apprendre le concept de \u00ab\u00a0gros jumbo-jet\u00a0\u00bb, pour reprendre l\u2019exemple de Dennett. Il ne faut pas seulement un \u00ab\u00a0apprentissage\u00a0\u00bb, mais \u00e9galement tout l\u2019environnement socio-historique qui va avec lui, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e9ventuellement d\u2019une \u00e9volution humaine plus ou moins longue. Par ailleurs, il est vraisemblable que ce que voulait dire Fodor \u00e9tait que le cerveau d\u2019Aristote avait tout ce qu\u2019il fallait pour \u00eatre en mesure de saisir ce concept, <em>si on le lui avait expliqu\u00e9<\/em>. Cette condition signifie qu\u2019Aristote en avait le potentiel intrins\u00e8que, mais elle ne signifie pas qu\u2019il en avait le potentiel r\u00e9el.<\/p>\n<p><strong><em>Potentiel intrins\u00e8que et potentiel r\u00e9el<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le potentiel intrins\u00e8que d\u00e9pend des caract\u00e9ristiques du syst\u00e8me envisag\u00e9, alors que le potentiel r\u00e9el d\u00e9pend \u00e0 la fois des caract\u00e9ristiques du syst\u00e8me et des conditions initiales. C\u2019est pourquoi on peut dire qu\u2019Aristote, comme tous les humains, avait le potentiel intrins\u00e8que de concevoir le concept d\u2019avion. Toutefois, pour en avoir individuellement le potentiel r\u00e9el, il lui aurait fallu exister dans un monde suffisamment \u00e9volu\u00e9 sur le plan industriel et technologique, dans lequel l\u2019avion existait d\u00e9j\u00e0 ou, du moins, pouvait \u00eatre effectivement invent\u00e9.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le concept d\u2019avion n\u2019\u00e9tait s\u00fbrement pas une cat\u00e9gorie inn\u00e9e au sens que Dennett, parmi d\u2019autres, lui donne. Celui-ci s\u2019enferme donc dans un faux dilemme\u00a0: cat\u00e9gorie inn\u00e9e ou cat\u00e9gorie apprise. Il faut ajouter au moins trois autres possibilit\u00e9s, qui sont le potentiel intrins\u00e8que, le potentiel r\u00e9el non effectif et le potentiel effectif.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Aristote n\u2019avait s\u00fbrement pas le potentiel effectif de concevoir un avion. \u00c0 son \u00e9poque (le IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C.), il aurait fallu \u00eatre plus que visionnaire pour le concevoir. En outre, la physique aristot\u00e9licienne ne permettait pas \u00e0 ce type d\u2019objet d\u2019exister puisqu\u2019elle pr\u00e9voyait que les objets lourds devaient tomber. Par ailleurs, Aristote lui-m\u00eame n\u2019avait sans doute pas davantage le potentiel r\u00e9el de concevoir ce type d\u2019objet. Toutefois, ce serait pratiquement impossible de le d\u00e9montrer. Il faudrait supposer qu\u2019un changement r\u00e9ellement possible dans son environnement contemporain e\u00fbt \u00e9t\u00e9 susceptible de le lui faire concevoir. Il est difficile de voir comment.\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le d\u00e9saccord entre Fodor et Dennett peut donc \u00eatre r\u00e9gl\u00e9. Fodor n\u2019avait pas raison d\u2019affirmer que les concepts \u00e9taient inn\u00e9s s\u2019il voulait dire qu\u2019on en avait la capacit\u00e9 effective dans le cours de sa vie. Cependant on peut lui donner raison si, comme cela est le plus vraisemblable, Fodor pensait plut\u00f4t en termes de capacit\u00e9 intrins\u00e8que.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Daniel Dennett affirme que certains \u00e9l\u00e9ments sont inn\u00e9s et d\u2019autres acquis (\u00ab\u00a0nous devons en d\u00e9velopper d\u2019autres nous-m\u00eames\u00a0\u00bb). D\u2019apr\u00e8s le mod\u00e8le du graphe, les \u00e9l\u00e9ments inn\u00e9s sont des \u00e9l\u00e9ments du potentiel r\u00e9el qui deviennent normalement ou assez facilement effectifs au cours de la vie de l\u2019individu dans un environnement normal ou ordinaire (dans un cadre socio-historique donn\u00e9, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un humain). Quant aux \u00e9l\u00e9ments acquis, ils sont \u00e9galement inclus dans le potentiel r\u00e9el (de cet humain ou m\u00eame de la biosph\u00e8re), mais ils ne se d\u00e9veloppent de fa\u00e7on effective au cours de la vie de l\u2019individu concern\u00e9 que si certaines conditions (notamment \u00e9ducatives ou formatives) sont r\u00e9unies dans l\u2019environnement existant.<\/p>\n<p>\u00a0 <strong><em>L\u2019expression de potentialit\u00e9s dans les concepts<\/em><\/strong>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lorsque je dis\u00a0: \u00ab\u00a0je vois une pomme\u00a0\u00bb, je me trouve \u00e0 exprimer ma conscience doublement r\u00e9flexive du potentiel du syst\u00e8me compos\u00e9 de moi-m\u00eame et de l\u2019objet. Car le concept de pomme contient sa comestibilit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la possibilit\u00e9 de la manger et de s\u2019en nourrir. De plus, j\u2019exprime l\u2019id\u00e9e que cette pomme est r\u00e9elle, qu\u2019elle existe bien ind\u00e9pendamment de ma pens\u00e9e. L\u2019\u00e9nonciation d\u2019un concept s\u2019accompagne souvent d\u2019une application implicite du principe de r\u00e9alit\u00e9. Il en va de m\u00eame pour la plupart des concepts. Ils expriment toujours un potentiel intrins\u00e8que, souvent un potentiel r\u00e9el et parfois un potentiel effectif. La conscience animale comporte d\u00e9j\u00e0 une telle capacit\u00e9 de \u00ab\u00a0percevoir\u00a0\u00bb des potentialit\u00e9s de ces trois types, mais de fa\u00e7on habituellement st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e. L\u2019\u00eatre humain, pour sa part, d\u00e9couvre constamment dans le monde environnant et en lui-m\u00eame des nouvelles potentialit\u00e9s intrins\u00e8ques ou effectives. Cependant un grand nombre de potentialit\u00e9s r\u00e9elles lui \u00e9chappent et la plupart d\u2019entre elles lui \u00e9chappent compl\u00e8tement. Les trois types de potentialit\u00e9s \u2014 intrins\u00e8ques, r\u00e9elles et effectives \u2014 r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 un sous-bassement mat\u00e9riel qui suppose l\u2019existence d\u2019un potentiel r\u00e9el global, lequel devient progressivement effectif dans le cours de l\u2019\u00e9volution \u00e0 partir de conditions initiales.<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On consid\u00e8re que l\u2019esprit \u00ab\u00a0produit\u00a0\u00bb des concepts parce que les productions individuelles sont inscrites de fa\u00e7on consistante avec ce que le graphe du potentiel pr\u00e9voit. L\u2019action de produire consiste dans le passage \u00e0 l\u2019effectivit\u00e9 du potentiel r\u00e9el. Les concepts peuvent donc \u00eatre pens\u00e9s de fa\u00e7on consistante comme \u00e9tant \u00e0 la fois des produits de l\u2019esprit et des propri\u00e9t\u00e9s de syst\u00e8mes mat\u00e9riels. Admettons que cette fa\u00e7on de \u00ab\u00a0produire\u00a0\u00bb ne para\u00eet pas d\u2019embl\u00e9e compatible avec l\u2019id\u00e9e de libert\u00e9 humaine. Nous reviendrons sur ce point, notamment \u00e0\u00a0la <a title=\"7.9 La libert\u00e9 reconsid\u00e9r\u00e9e\" href=\"http:\/\/mail.agoratheque.3zcom.com\/?page_id=2740\" target=\"_blank\">section 7.9<\/a>.<\/p>\n<div>\u00a0<\/div>\n<div><a title=\"6.2.3 La localisation des \u00e9v\u00e9nements mentaux\" href=\"http:\/\/mail.agoratheque.3zcom.com\/?page_id=2156\">Suite<\/a><\/div>\n<p><a id=\"note-1\" href=\"#ref-1\">1<\/a>\u00a0Steven Pinker, <em>Comment fonctionne l\u2019esprit<\/em>, Paris, Odile Jacob, 2005, p. 33-34. Pinker est un chercheur repr\u00e9sentatif de l\u2019\u00e9tat actuel des sciences cognitives. <a id=\"note-1\" href=\"#ref-1\">1<\/a><\/p>\n<div id=\"ftn2\">\n<p><a id=\"note-2\" href=\"#ref-2\">2<\/a>\u00a0Daniel Dennett, <em>La conscience expliqu\u00e9e<\/em>, (traduction de Pascal Engel), Paris, Odile Jacob, 1993, p. 242, voir aussi la note 8, p. 282 (les italiques sont de Dennett). <a id=\"note-2\" href=\"#ref-2\">2<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ftn3\">\n<p><a id=\"note-3\" href=\"#ref-3\">3<\/a>\u00a0<em>Ibid<\/em>., p. 242. <a id=\"note-3\" href=\"#ref-3\">3<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ftn4\">\n<p><a id=\"note-4\" href=\"#ref-4\">4<\/a>\u00a0Jerry Fodor a expos\u00e9 cette th\u00e8se dans son livre <em>The Language of Thought<\/em> (Scranton, Pennsylvanie, Crowell (\u00e9d.), 1975). <a id=\"note-4\" href=\"#ref-4\">4<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"ftn5\">\n<p><a id=\"note-5\" href=\"#ref-5\">5<\/a>\u00a0D. Dennett, <em>ibid<\/em>., note 9, p. 282-283. <a id=\"note-5\" href=\"#ref-5\">5<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"edit-link\"><a class=\"post-edit-link\" href=\"\">modifier<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Voici d\u2019abord un exemple du type d\u2019\u00e9claircissement dont est capable la psychologie actuelle d\u2019apr\u00e8s la th\u00e9orie computationnelle de l\u2019esprit, laquelle d\u00e9crit l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale par analogie avec celle d\u2019un ordinateur.\u00a0 La repr\u00e9sentation mat\u00e9rielle des \u00e9tats mentaux d\u2019apr\u00e8s la th\u00e9orie computationnelle de l\u2019esprit\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":2136,"menu_order":622,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":[],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2147"}],"collection":[{"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2147"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2147\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2149,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2147\/revisions\/2149"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2136"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2147"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2147"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}