{"id":769,"date":"2011-06-30T13:47:32","date_gmt":"2011-06-30T17:47:32","guid":{"rendered":"http:\/\/agoratheque.yprovencal.ep.profweb.qc.ca\/?page_id=769"},"modified":"2016-06-01T11:22:36","modified_gmt":"2016-06-01T15:22:36","slug":"critique-dune-tendance-observable-a-la-culpabilisation","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/?page_id=769","title":{"rendered":"Critique d&rsquo;une tendance observable \u00e0 la culpabilisation"},"content":{"rendered":"<p>Selon Jean Lacroix, qui se base sur les recherches de Freud, ce n\u2019est pas la conscience des fautes qui provoquent le sentiment de culpabilit\u00e9, mais une faute invent\u00e9e. \u00ab\u00a0Il y a chez lui [l\u2019homme] une pr\u00e9disposition \u00e0 la culpabilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019accusation\u00a0\u00bb <a id=\"ref-1\" href=\"#note-1\"><sup>1<\/sup><\/a>. En ce qui concerne la libert\u00e9 r\u00e9elle de l\u2019humain, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Nul, et pas davantage soi-m\u00eame, ne peut juger le <em>degr\u00e9 de libert\u00e9<\/em> (ou de non-libert\u00e9) dans le moindre acte de sa vie comme dans le plus important\u00a0\u00bb (p. 87). Il \u00e9voque \u00e0 ce propos l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, l\u2019\u00e9ducation, l\u2019environnement, l\u2019\u00e9quilibre mental, les exp\u00e9riences et les situations diverses depuis et avant la naissance. Et il en conclut\u00a0: \u00ab\u00a0Aucun homme ne peut en juger un autre ni se juger lui-m\u00eame\u00a0\u00bb\u00a0(p. 88).<\/p>\n<p>En ce qui touche la culpabilit\u00e9 p\u00e9nale, Lacroix adopte une attitude aussi critique. Il constate, par exemple, que si l\u2019opinion publique est en faveur d\u2019un durcissement du syst\u00e8me p\u00e9nal, alors l\u2019opinion publique doit \u00eatre transform\u00e9e (p. 100). Il faut, selon lui, se fonder plus sur le traitement que sur le ch\u00e2timent (p. 102). Il \u00e9crit en outre que \u00ab\u00a0la condamnation [juridique] ne saurait [\u2026] s\u2019accompagner d\u2019aucun \u00ab\u00a0bl\u00e2me moral\u00a0\u00bb, ni m\u00eame d\u2019un \u00ab\u00a0bl\u00e2me juridique\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb, car le libre arbitre ne peut \u00eatre connu ou que \u00ab\u00a0la volont\u00e9 ne peut pas se produire sans cause\u00a0\u00bb surtout \u00ab\u00a0elle est choisie par un raisonnement humain qui suppose d\u2019autant plus de libert\u00e9 qu\u2019il est plus pouss\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0. Il y a, selon lui, des \u00ab\u00a0degr\u00e9s\u00a0\u00bb de libert\u00e9 (p. 112).<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt;\">D\u2019apr\u00e8s sa lecture de <em>L\u2019univers morbide de la faute<\/em> de Hesnard, Lacroix fait ce constat significatif\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est un fait que les criminels ne se sentent g\u00e9n\u00e9ralement pas \u00ab\u00a0coupables\u00a0\u00bb, du moins au moment du crime et dans les jours qui suivent\u00a0\u00bb \u2026\u00a0 \u00ab\u00a0le meurtrier, le plus souvent, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des valeurs\u00a0\u00bb (p. 126-127). \u00ab\u00a0Le meurtrier [\u2026] agit comme s\u2019il exer\u00e7ait un droit souverain de punir l\u2019autre en justicier\u00a0\u00bb (p. 120).<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt;\">En fait, ceux qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0criminels\u00a0\u00bb sont souvent des membres de petits groupes dissidents, des groupes qu\u2019on pourrait qualifier de groupes interlopes, dissidents. Il est donc tout naturel qu\u2019ils ne regrettent par leur \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb puisqu\u2019ils sont dans une situation tout \u00e0 fait analogue \u00e0 celle des juges dans la soci\u00e9t\u00e9 dominante. Ils regrettent aussi peu d\u2019infliger une \u00ab\u00a0peine\u00a0\u00bb \u00e0 ceux qu\u2019ils estiment coupables que les juges eux-m\u00eames ne le font.<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt;\">Lacroix critique la r\u00e9alit\u00e9 des proc\u00e8s intent\u00e9s \u00e0 des criminels. Le tribunal devient alors un \u00ab\u00a0lieu de spectacle\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019aveu est repr\u00e9sent\u00e9 \u00ab comme \u00e9tant toujours une sorte de confession devant un justicier\u00a0\u00bb. Il y est \u00ab\u00a0publicis\u00e9, la\u00efcis\u00e9, d\u00e9natur\u00e9 \u2026 Bref l\u2019aveu est extorqu\u00e9. Si l\u2019accus\u00e9 joue le jeu, il a des chances de voir sa peine r\u00e9duite (p. 88-89). Lacroix ne condamne pas pour autant la soci\u00e9t\u00e9. Il voit dans tout cela une intention \u00ab\u00a0louable\u00a0\u00bb (p. 90).<\/p>\n<p style=\"text-indent: 35.4pt;\">Le point de vue de Jean Lacroix rejoint le n\u00f4tre sur le plan de la justice p\u00e9nale, qui se veut \u00e9galement morale. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019une pseudo-justice, qui r\u00e9sulte elle-m\u00eame d\u2019un pseudo-progressisme en mati\u00e8re de syst\u00e8me de justice dans une \u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s qui n\u2019est pas du tout termin\u00e9e. Il faut faire un pas de plus que cet auteur en r\u00e9clamant le respect pour les pseudo-criminels qui sont en fait des dissidents de la soci\u00e9t\u00e9. Pas plus que celle-ci, ils n\u2019ont appris \u00e0 faire preuve de respect envers les autres groupes que le leur. En ce sens, d\u2019accord avec Lacroix, nous pouvons admettre que l\u2019intention du l\u00e9gislateur est louable. Cependant la soci\u00e9t\u00e9 devra encore progresser beaucoup dans l\u2019avenir pour en arriver \u00e0 une situation de justice v\u00e9ritable, laquelle pourrait \u00eatre identifi\u00e9e \u00e0 la situation de respect mutuel entre les groupes.<\/p>\n<p><a id=\"note-1\" href=\"#ref-1\">1<\/a>\u00a0Jean Lacroix, <em>Philosophie de la culpabilit\u00e9<\/em>, Paris, PUF, 1977; p. 23. <a id=\"note-1\" href=\"#ref-1\">1<\/a><\/p>\n<div class=\"edit-link\"><a class=\"post-edit-link\" href=\"\">modifier<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon Jean Lacroix, qui se base sur les recherches de Freud, ce n\u2019est pas la conscience des fautes qui provoquent le sentiment de culpabilit\u00e9, mais une faute invent\u00e9e. \u00ab\u00a0Il y a chez lui [l\u2019homme] une pr\u00e9disposition \u00e0 la culpabilit\u00e9 et \u00e0 l\u2019accusation\u00a0\u00bb 1.&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":753,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","meta":[],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/769"}],"collection":[{"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=769"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/769\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5431,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/769\/revisions\/5431"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/753"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=769"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/agoratheque.3zcom.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=769"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}